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Sur les traces du Tibet dans le nord de l’Inde

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Tibet In Northern India

Sur les traces du Tibet dans le nord de l’Inde

LA ROUTE
Au sortir de Delhi en direction du Nord, il y a deux cent kilomètres d’une autoroute à deux voies dans chaque sens, correcte mais insuffisante pour répondre à l’abondance des camions, des bus, des motos, des vélos, des véhicules intermédiaires entre le taxi et le minibus baptisés « tourist taxi », voire des vaches et même des troupeaux de moutons – et des piétons qu’on ne confine pas facilement sur des bas-côtés impraticables.

On circule à gauche – en principe, car vu le mauvais état de la chaussée le milieu de la route est pratiqué autant que possible avec, sur certaines routes secondaires, de véritables slaloms pour éviter les nids de poule, les ornières et des bas-côtés largement effondrés. D’où des symphonies ou plutôt des dysphonies incessantes de klaxons. On s’y fait, d’autant plus que ces interventions sonores ne sont pas malveillantes. « Blow your horn » (klaxonnez) affichent à l’arrière les camions, autrement dit : le milieu de la chaussée est plus praticable mais je suis prêt à me ranger pour vous laisser passer. Et ils le font volontiers. Les chauffeurs sont d’une adresse remarquable et passé le premier kilomètre d’effroi on se laisse prendre au jeu des dépassements acrobatiques.

holy city of Amritsar

J’évoque le Kim de Kipling, son épopée de la route encombrée alors de palanquins et pleine de vie. De nos jours encore l’inattendu vous attend au tournant : à plusieurs reprises en traversant le Pendjab nous longeons des petits groupes de cavaliers Sikhs revêtus de beaux vêtements ornés, de couleurs vives, portant bien sûr turban, chevauchant très droits, oriflamme en tête ; on me dit qu’ils se rendent à une grande fête religieuse dans leur ville sainte d’Amritsar.
La plaine est assez monotone, bordée de vastes champs verts – du blé en cette saison me dit-on, pas du riz, et puis il fait sec ; mais on fait croître aujourd’hui du riz sur terrain sec ; plusieurs champs sont bien jaunes : du colza, dont l’huile est utilisé en cuisine comme chez nous mais aussi pour des massages ayur-védiques ; des bananiers, quelques plantations de canne à sucre, une bambouseraie ; peu d’arbres fleuris ou fruitiers ni même de fleurs. Beaucoup d’eucalyptus, gages d’humidité. Beaucoup plus haut, dans les contreforts de l’Himalaya, nous visiterons des plantations de thé à Palimpur. On longe des bourgades aux imposantes stations-service ; des échoppes s’allongent en bordure de la route, plutôt misérables d’aspect, mais on y découvre la télévision à la tombée de la nuit. Ces échoppes peuvent être habitées à l’arrière ou ses occupants se logent en profondeur dans le village.

À l’approche de la montagne la nuit tombe et la pluie s’y met elle aussi, de plus en plus violente, pour se faire trombes d’eau, tonnerre et grêle – coupures d’électricité pendant la nuit. L’obscurité nous évite de constater l’état préoccupant de la route entre Dharamsala et notre destination, Macleod Ganj, quelques kilomètres plus haut. Nous ne perdons rien pour attendre et le lendemain nous découvrirons à maintes reprises avec un certain effroi l’étroitesse de cette route, ses ornières médianes qui se font lessiveuses par la taille et la profondeur, ses tournants en épingles à cheveux très serrées, sans autre protection contre le vide du côté de la plaine que des jerricans badigeonnés en blanc à moitié rouillés. On nous laissera entendre que nous sommes dans un espace concédé au Dalaï-lama et aux réfugiés tibétains et que les autorités locales ne mettent guère d’empressement à entretenir ce no man’s land pourtant très rentable pour elles.

Tibetan monks

DHARAMSALA
Dharamsala, mot magique, désigne plus qu’une agglomération modeste (19.800 habitants altitude 1219 mètres) «sans grand intérêt », dit le guide, à « l’exception du Kowatli Bazaar et du Kangra Art Museum. La plupart des voyageurs s’installent plutôt à MacLeod Ganj, lieu plus approprié à la découverte du mode de vie des Tibétains ». Fondé au milieu des années 1850 pour héberger une garnison britannique et baptisé de nom du gouverneur du Pendjab, MacLeod (prononcé en trois syllabes à la française) ou plutôt MacLeod Ganj, est ses quatre kilomètres plus haut à vol d’oiseau et à 1770 mètres d’altitude, donc avec une dénivellation d’un demi-kilomètre ; c’est aujourd’hui le lieu de résidence du gouvernement tibétain en exil (Gangchen Kyishong) et du Dalaï-Lama, ainsi que de nombreux moines tibétains.

Dharamsala (l’appellation inclut son annexe en altitude) est devenu un haut lieu mythique et symbolique de la culture et de la résistance tibétaine. Pour illustrer la culture je présenterai notre hôtel, Chonor House et le Norbulingka Instituts situés plus bas dans la plaine ; quant à la résistance, elle est très liée à la personne, à l’action et à l’activité du Dalaï-Lama, à l’ enseignement qu’il dispense sur place plusieurs fois par an et, de manière moins directement visible, aux écoles, les TCV (Tibetan Children Villages) dont la création fut l’une des premières mesures décidées par le Maître spirituel en exil.

Mais d’abord un peu de tourisme et mes impressions et découvertes du lieu géographique et humain. Dans le prolongement vertical de la route qui monte de Dharamsala, Macleod Ganj est une bourgade qui s’étire abruptement en hauteur au flanc de la montagne. Une longue rue, Temple Road, monte depuis une petite place en tout temps très encombrée de voitures, qui part du grand temple où réside et enseigne le, Dalaï-lama ; cette rue, abrupte et fort polluée par les voitures et la poussière, monte jusqu’à une minuscule place centrale d’où redescend une rue qui la double partiellement et d’où partent en patte d’oie plusieurs rues horizontales courtes – la corniche n’est pas large.

Dans l’une de ces courtes rues, toutes consacrées au commerce d’artisanat ou au tourisme (agences de voyage et bureaux de change) un beau temple doré vient s’encastrer au milieu des échoppes modestes ; le passant peut sans se détourner activer la roue du dharma sur une longue série de tambours.

En cette période d’enseignement du Dalaï-lama la bourgade est envahie, tant par des moines en robe rouge sombre que par des civils autochtones ou étrangers parmi lesquels il serait difficile de distinguer les pèlerins des touristes – la mode des chevelus-barbus et des tenues excentriques n’a pas ou n’a plus cours ici et je n’ai pratiquement vu personne fumer (à l’exception de deux marchandes, près de leur étal, avec des cigarettes très minces…). Quelques mendiantes, nourrisson au sein, miment le geste de manger – le gouvernement insiste qu’on les décourage. Quelques rares chiens errent, moins efflanqués qu’à Delhi ; toujours pas de chats.

L’atmosphère affairée et tranquille à la fois de la longue rue montante évoque en beaucoup plus rustique la longue montée à la Basilique du Mont Saint-Michel, mais ici on est davantage pressé par la montagne : du côté du précipice sont installés à même le sol des vendeurs de fruits et légumes, des étals de camelote – bijoux d’un sou, pierres semi-précieuses, objets cultuels de toute taille, étals de chaussures à la dernière mode, Nike.

De l’autre côté de la rue, adossées à la montagne, ce sont des cafés, des boutiques plus huppées qui proposent tout un artisanat traditionnel ou des appareils photo et d’informatique ; des boutiques de toute sorte vendent des jus de fruits pétillants dont les bouteilles singent le champagne, du coca-cola omniprésent, des paquets de chips, et de la parapharmacie; ici aussi abondent des boutiques de change et règne la calculette.

Toutes ces boutiques sont surmontées par des hôtels à plusieurs étages que l’on n’aperçoit pas depuis la rue ; ils ont leurs entrées beaucoup plus hautes dans l’une des courtes rues qui partent horizontalement de la minuscule place « centrale ».

Dans ces rues planes les échoppes disposent d’un peu plus de profondeur ; on aperçoit dans le fond des hommes et des femmes qui s’affairent sur des machines à coudre de type Singer ; là se fabriquent des vêtements, pour nous folkloriques, tels que les robes des Tibétaines qu’elles portent, mariées, avec un tablier aux bandes rayées décalées, et des thankhas qui représentent des divinités de méditation ou la roue du Dharma. J’ai repéré deux librairies longues et étroites aux murs tapissés de volumes. J’y reviendrai faire un tour.

Ici, comme en plein Delhi et dans les villes plus petites, nombreux sont les étals en plein air où l’on trouve un grand choix de fruits et de légumes : des régiments de régimes de bananes, des pommes (chères), des oranges, de gros pamplemousses, des ananas très longs, parfois des nèfles, des grenades pas très fraîches, des empilements d’œufs toujours très blancs ; des citrons maigrelets ; des roscoffs, des choux bien pommés (mais pas de nos « choux chinois »), des choux-fleurs, brocolis, poireaux, persil, tomates, aubergines rondes, petits pois, des navets blancs et très longs (excellents crus en entrée), des carottes ligneuses, pommes de terre, salades, échalotes, de l’ail, des ognons blancs…

Les vaches sont sacrées en Inde n’est-ce pas ? Peu nombreuses en ville ou sur les routes ; noires, grandes et pas très grasses, sans pis ni rondeurs, avec presque une bosse sur l’échine, elles vont leur paisible vie de vaches méditatives, mais si l’occasion se présente… En l’absence momentanée d’un vendeur, l’une d’elles s’approche paisiblement de son étal et s’offre un paisible déjeuner de légumes et de fruits, jusqu’au retour du commerçant indigné qui chasse l’animal sacré à grands cris et gestes de bras. Sacrée vache ou vache sacrée?

La petite place haute est le confluent des rues courtes elles aussi très animées et connaît des embouteillages dignes de notre Concorde parisienne ; ils sont réglés magistralement à quelques coups de sifflet par un agent de la « traffic police », qui émerge d’une cahute en carton-pâte, tout de bleu vêtu (les soldats, eux, sont en sweat beige) avec un blouson Adidas (la marque est bien visible) et un béret de même couleur proche de celui des Chasseurs Alpins. Son autorité et son savoir-faire flegmatique tiennent du miracle dans cette jungle de « tourist-cars » et « tourist-taxis » flambant neufs aux freins puissants (mais dans quelques années, à force de les utiliser si fréquemment et si brutalement…?)

Dans la seule des rues planes qui ressemble à une vraie rue d’une centaine de mètres de long, bordée des deux côtés d’échoppes diverses précédées de trottoirs étroits où l’on a conservé quelques magnifiques conifères, une vache de belle taille est attachée au même piquet qu’une motocyclette. Elle est de taille plus modeste que les modèles indiens réputés, paraît-il, dans le monde entier pour leur puissance (des motos Enfield, me dira-t-on, qui sont renommées car montées à la main comme du temps des Anglais).

Je les photographie en regrettant de ne pouvoir filmer le mouvement de la tête de l’animal qui se frotte langoureusement contre le guidon de l’appareil. Au-dessus sont des échoppes : de gauche à droite, des panneaux déroulent tout un programme culturel : COOK (donc le tourisme international) – un Sikh en turban s’apprête à pénétrer dans la boutique ; puis s’étalent sur deux longues banderoles tout du long de deux vitrines très ornées, en lettres majuscules jaune bouton d’or sur fond bleu pâle : DORITSANG TIBETAN CULTURE CENTRE; en dessous et en lettres rouges sur ce même fond bleu et toujours en lettres d’imprimerie : COME AND SEE THE LATEST COLLECTION OF BOOKS ON PEACE AND HARMONY – déjà tout un programme !

Dans le prolongement, une boutique de photographe s’intitule Himalaya ; enfin, comme pour coiffer impérieusement le tout, accroché au balcon d’un premier étage : RELIANCE (en bleu) suivi en plus petit de MOBILE (en rouge) : triomphe planétaire de l’informatique. Il ne manque que quelques robes rouges dans la rue mais à cette heure-ci les moines suivent l’enseignement du Dalaï-Lama au monastère du bas.

Macleod semble affecté par une frénésie de constructions, avec en chantier de grands bâtiments qui annoncent plutôt des hôtels que des monastères. La bourgade étant saturée, elle doit grimper vers les hauteurs, toujours en bordure d’une route abrupte qui suit l’étroite corniche. Curieuse conception de l’architecture civile, me semble-t-il.

Aux extrémités des futurs bâtiments, des colonnes en béton sont coulées autour de tiges métalliques qui émergent en hauteur ; entre ces piliers le remplissage se fait avec de la brique ; effectivement j’ai croisé à plusieurs reprises de gros camions chargés de briques, qui parfois bloquent la circulation. L’ensemble inspire une confiance relative, d’autant que les supports et échafaudages (comme ailleurs les échelles) sont assurés par le bambou, certes matériau très solide, mais qui ignore par nature la règle du fil à plomb rectiligne.

Lorsque nous redescendrons vers la plaine nous constaterons tout du long que l’on continue à construire des demeures plus modestes, de simples maisons, selon le même principe de colonnes en béton aux extrémités avec brique intermédiaire, et puisque la pente permet à peine le passage d’une route sinueuse, toujours à flanc de la montagne, ces futures maisons sont en surplomb du côté du vide, ce qui fait un peu froid dans le dos.

M’éloignant à peine de l’agglomération sur l’un de ces terrains encore vagues où errent quelques animaux, dont deux gros chiens des Pyrénées roux, je tombe sur des gamins puis des jeunes moines qui jouent au cricket, les plus fortunés avec une batte ou quelque chose qui y ressemble, et un grillage qui fait office de guichet, les autres avec un gros bâton ; le guichet sera remplacé par de grosses pierres entassées l’une sur l’autre.

Cette passion très britannique se manifestera aussi dans les écoles que nous visiterons. La poste : j’ai confié mes premières cartes postales à l’hôtel, mais je souhaite voir à quoi ressemblent les timbres. Trouver la poste, excentrée, ne fut pas une mince affaire malgré l’affabilité des commerçants tout proches : rien ne la distingue des échoppes décrépites sinon qu’elle l’est davantage ; pour y accéder il faut enjamber une rigole profonde protégée par une planche branlante. L’intérieur est minuscule et sombre ; un employé s’emploie à timbrer une à une les lettres en partance tandis qu’à moins d’un mètre de lui un autre employé s’active sur un écran d’ordinateur. Au guichet sans grillage le troisième employé sort des timbres, jolis, et me réclame huit roupies. Il refuse mon billet de vingt. J’extraie sept roupies, désolée. Très bien, il s’en contente. Quand je remplis d’autres cartes je découvre qu’un timbre sur les deux requis ne colle absolument pas. Normal paraît-il ; Delphine me prête son stick de colle.

Mais surtout Dharamsala possède plusieurs librairies. J’ai flâné, brouté les titres dans deux d’entre elles pour découvrir le haut profil de la culture tibétaine en ces lieux. Première remarque, pas si évidente après tout : la quasi-totalité des livres sont en anglais, presque tous d’éditeurs britanniques. Une petite étagère de livres – en tibétain, en hindi, en sanscrit ?

Je n’ai pas pensée à le demander. En tout cas pas de littérature de gare est fortement présente et il y a aucun livre en français ; les auteurs français, parmi lesquels Proust, Sartre, De Beauvoir (The Second Sex en Vintage Classics ), sont publiés en anglais; tout comme Cosette, et the Time of Illusions de Howard Curtis, édition Ceresa /Pan. Aussi Papillon et la Cité de la Joie, toujours en anglais.

Tintin a paru en Methuen’s Children Books : on trouve en un seul volume The Broken Ear, The Black Island (ça se passe en Ecosse et en kilt, béret bleu et pompon rouge) King’s Ottokar’s Sceptre, Destination Moon, Exploring the Moon…), mais manque à l’appel Tintin au Tibet. Pas d’Astérix, sans doute trop typé gaulois. Pourtant il existe un Astérix tibétain portant la zizanie dans un camp d’envahisseurs chinois comme le nôtre dans les camps romains…

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